Voyager contre un monde polarisé
Les premiers seraient conservateurs et les seconds progressistes… - Même si aujourd’hui on est en droit de se demander si Cuba, a l’image du Brésil, ne tendrait pas au conservatisme.
Le choix d’une destination serait-elle à l'image de sa tendance politique ?
Cuba, depuis toujours, accueille la gauche française, comme l’illustra Jean Paul Sartre venu voir sur place en 1960 “l’ouragan” de la Révolution cubaine. Nous avons encore récemment accueilli des membres de l’association Cuba Coopération, proche de PCC français, grand mécène de l’île. Bien entendu, Cuba n'accueille pas - plus - que des communistes, bien au contraire !
Car la Grande île des Caraïbes a su se présenter sous un autre angle, sa culture, sa musique, sa nature préservée mais aussi son climat et sa sécurité. Et c’est le cas de bien des destinations. Les pays, pour accueillir des visiteurs, se présentent différemment de l’image qu’ils donnent dans le cadre géo-politique, ils doivent faire l’effort d’aller au-delà du clivage progressiste / conservateur… même si parfois la situation politique déborde sur leur image culturelle. Voyager d’Europe vers la Russie et vis versa, même si techniquement faisable, présente de nombreuses contraintes.
Ce qui est sûr, c’est que si nous nous fions seulement aux médias, nous serons tous poussés à nous radicaliser vers un camp ou vers un autre un jour ou l’autre. Et si le tourisme justement permettait de sortir de ces clivages ?
Si les conservateurs voyageaient à Cuba et les progressistes aux États Unis ? Cela n’aiderait-il pas à sortir des clichés, à se faire sa propre idée sur l’état du monde ? Probablement… et cela permettait aussi de se rendre compte que tout n’est pas noir d’un coté et blanc de l’autre sinon multicolor, un peu partout.
Voyager peut aider à aplanir les idées radicales. Aller soi-même à la rencontre de l’autre relativise nos idées reçues, nous entraîne à la critique, au jugement objectif, à la réflexion sur des faits réels. Est-ce que rencontrer les habitants d’un pays soit disant ennemi permettrait de se faire des amis ?
C’est la peur qui pilote les clivages et qui nous oppose aux gens qui ne sont pas comme nous.
C’est un sentiment plus vieux que le monde, ou bien autant. C’est par peur que nous sommes réticents à accueillir chez nous des étrangers, la peur qui vient elle-même de la méconnaissance. Si on n’a jamais été en contact avec quelque chose ou quelqu’un de différent, comment penser qu’on pourrait l’accepter spontanément ? Le premier réflexe qui engendre le premier sentiment c’est celui de la peur qui engendre de la méfiance, voire pire.
Hors dans ce mécanisme il existe une parade, celle du “conquérant” ! Le guerrier qui n’a peur de rien se lance dans l'aventure, capable de braver l’inconnu et LES inconnus. Allez au devant des autres, même pour des raisons guerrières, colonialistes ou touristiques… c’est aller à la rencontre de… Je ne fais pas ici l'apologie des guerres ou du colonialisme, ni même du tourisme - de masse. Je constate seulement que seule la démarche volontaire permet d’aller au devant de nos congénères de cultures, de mœurs et même de couleurs différents. Il faut simplement réguler cet engouement, cette motivation qui poussent certains humains à aller voir ailleurs. Ceux-ci ont de la curiosité, soupçonnant que partager - plus que prendre - pourrait avoir du bon pour les deux partis, celui qui se rend quelque part et celui qui accueille quelque part. Le dialogue et les échanges qui s'ensuivraient permettraient à chacun de grandir. Il y a forcément quelque chose à apprendre de quelqu’un qu’on ne connaît pas.
Et la première chose qu’on apprend en allant vers l’autre, c’est accueillir, justement. En effet, lorsqu'on se retrouvera à la place de celui qui reçoit et non de celui qui voyage, on se souviendra du plaisir qu’on aura eu à aller à la rencontre des gens. On se rappellera que ce n’était aucunement dangereux bien au contraire et qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur. Lorsqu’un étranger nous demandera de l’accueillir, on saura comment faire, on aura vécu l’expérience de la rencontre et on voudra la reproduire.
Voyager, c’est avoir l’envie spontanée de découvrir quelque chose et surtout quelqu’un d’inconnu. C’est braver ses peurs du différent, c’est accepter l’effort de connaître et de comprendre. C’est la possibilité de transformer ses ennemis virtuels en amis réels.