Seule la notoriété compte

La notoriété des réceptifs en général est proche du zéro absolu. Et pour cause, les réceptifs n'existent pas, du moins auprès du grand public. Et finalement, assez peu non plus auprès des professionnels qui les prennent toujours pour des fournisseurs quelconque et donc interchangeables.
Seule la notoriété compte

Je suis opticien de métier. Il y a 30 ans, les opticiens vivaient confortablement avec de grosses marges et quelques clients. Mais il faisait aussi beaucoup de services, c'est-à-dire il offraient beaucoup : entretien des lunettes, changement de pièce, réparation… ce service existe toujours, il a même un peu été amplifié : deuxième paire gratuite, voire troisième…

Mais que cherchent à faire les opticiens avec cette politique ?

Pas à se différencier puisque c’est carrément une tradition, tout le monde le fait ! Non. Il cherche à être reconnu, à faire qu’on se souvienne d’eux à créer une dépendance, faire que les clients potentiels se rappellent en passant régulièrement à la boutique, que le jour ou ils auront besoin de changer de lunette, ce sera devenu un réflexe pour ces clients de venir les voir. Ils cherchent de la notoriété. Et c’est ainsi pour toutes les grandes marques. Créer un réflexe inconscient chez le consommateur.

Le service gratuit pour obtenir ce graal de la notoriété est devenu la base d’un des plus grands modèles du web. Google, WA, Canva, Odoo… des centaines de logiciels à disposition, téléchargeables gratuitement, et même modifiables, on appelle ça l’Open Source. Dans les médias, des centaines de radio pratiquement sans pub, Flicker pour la photo, YouTube pour l’image, etc. Évidemment cette gratuité est monnayée à un moment donné. En effet, après avoir réussi à obtenir suffisamment de notoriété, on la transforme en pub, en maintenance, en formation et surtout aujourd’hui en données personnelles... Le phénomène est particulièrement visible pour la musique. On n’achète plus de musique, on la consomme seulement, et de quoi vivent les artistes ? De leurs concerts et des produits dérivés comme… le disque ! Seuls ceux qui atteignent un certain seuil de notoriété parviennent à vivre de leur art et cela encore une fois, ils le doivent à la notoriété.

Quand est-il dans le tourisme, et particulièrement pour les réceptifs ? 

Justement, la notoriété des réceptifs en général est proche du zéro absolu. Et pour cause, ils n'existent pas, du moins auprès du grand public. Et finalement, assez peu non plus auprès des professionnels qui les prennent toujours pour des fournisseurs quelconque et donc interchangeables. Toute la notoriété du monde du tourisme est concentrée sur les réseaux de distribution, de Air France à AirBnB en passant par Voyageurs du Monde, Nouvelle Frontière, Havas, ou Evaneos sur le web. Les différents réseaux de distribution se battent pour être les plus connus, pour créer ce petit réflexe de l’inconscient chez le futur voyageur qui les fera entrer dans la boutique ou sur le web.

C’est la notoriété qui fait le larron.

Par contre, l'activité du voyage n’utilise pas, comme chez les opticiens ou pour les produits du web, le service gratuit : pourquoi ? Certes, certains proposent les devis gratuits, ou payent un café dans l’agence, mais ce n’est pas un modèle d’obtention de notoriété !

Que serait le service gratuit qui permettrait en conséquence de vendre des voyages ?

Si on prend le modèle de la musique ou du web, il s’agirait de proposer un service à travers un média susceptible d’intéresser le grand public. Sur le voyage, c’est sûrement le film d’aventure qui est le meilleur support. Offrir du cinéma pour vendre des voyages, vieux comme… Connaissance du Monde. J’allais avec ma grand-mère (née en 1905) au cinéma découvrir des pays et des cultures qui m’ont à jamais marquées. Terres d’Aventure a repris une formule similaire, en organisant le Festival de l’Aventure, par exemple.

Une autre manière d’utiliser la notoriété pour vendre des voyages et de la reporter sur autre chose. Le Figaro utilise sa notoriété pour diffuser des reportages sur le voyage et possède dans le même temps un système de distribution, l’agence Marco Vasco. Et ce n’est sûrement qu’un début. Utiliser sa notoriété pour la faire dériver sur une autre activité se retrouve dans de nombreuses entreprises, et de nouveau, particulièrement dans le cinéma: Disney qui crée DisneyLand qui crée les produits dérivés. Le voyage deviendrait-il donc un produit dérivé de l’information ?

Affaire à suivre…