Tout le monde complice

L’influence de l’information est le principal facteur de la fréquentation, ou non, d’un pays. Le simple fait de parler d’une destination a des conséquences directes sur l’activité du réceptif.
Tout le monde complice

Le début d’année 2026 a été dominé par les chamboulements géo-politiques initiés par le président Trump. Gaza, Groenland, Vénézuela, Iran et Cuba ont été pris pour cible par les Etats-Unis afin d’en obtenir des bénéfices, pas tant politiques que commerciaux : principalement le pétrole, mais aussi le tourisme…

Fin mars 2026, Air France annonce la suspension de sa ligne aérienne Paris - La Havane. La compagnie envoie à tous ses passagers un Email disant sans autre forme de procès : “vol annulé”. C’est un raz de marée médiatique, en plus de provoquer en moins d’un mois l’annulation de toutes les réservations depuis la France vers Cuba.

Que s’est-il passé ? Comment les annonces de Trump ont pu à ce point modifier le comportement tant des voyageurs que des professionnels du tourisme ? D’un jour à l'autre, Cuba était devenue une destination dangereuse et instable.

Il est vrai que objectivement Cuba avait été littéralement asphyxiée par le manque de pétrole provoqué par le blocus américain. Mais le pays restait égal à lui-même. Les transports touristiques continuaient à fonctionner (secteur prioritaire pour le gouvernement cubain) et les logements étaient autonomes en électricité, souvent grâce au solaire. Bref, notre activité pouvait continuer à fonctionner, certes avec quelques aménagements, mais rien qu’un réceptif ne puisse organiser pour la satisfaction de ces clients. D’ailleurs, les témoignages de ceux qui avaient “osé” venir à Cuba ne tarissaient pas d'éloge sur la qualité des services, la gentillesse et l’accueil des Cubains, qui malgré les difficultés économiques continuaient à recevoir les voyageurs avec une attention de grande qualité.

Bref, un décalage abyssal entre les réalités du pays et les fausses informations reprises en chœur par l’ensemble des médias. Trump avait réussi son coup médiatique. Comme à chaque fois, il pouvait raconter n’importe quoi, les médias, incapables de vérifier les informations se chargeaient de semer le sensationnel, le misérabilisme et la peur dans la tête des gens.

Beaucoup de réceptifs ont déjà vécu cette expérience. Ce sont ceux qui émettent le tourisme qui décident si les voyageurs doivent ou non se rendre dans un pays. Ces décideurs ne sont pourtant pas sur place. Dans la plupart des cas, ils ne prendront pas la peine de vérifier les informations et se fieront à la première information à portée du web. Les ambassades installées dans les pays visités, ne sont pas en reste. Souvent, quoiqu’étant présents sur place, les diplomates sont coupés des réalités du pays. Et surtout ils veulent être tranquilles et ne prendre aucun risque. C’est ainsi qu’ils n’hésitent pas à déconseiller de se rendre dans un pays à la première alerte. Les professionnels disciplinés feront naturellement confiance à ces messages officiels, leur permettant de couvrir leur propre décision.

Cuba, comme de nombreux pays du sud, base son économie sur le tourisme. Ce sont des revenus rapides et qui profitent à une grande partie de la population. Couper le tourisme revient à priver le pays d’une source de revenus directs. Avec sa stratégie d’asphyxie énergétique Trump n’en demandait pas tant. Son objectif mercantile était de “prendre” Cuba selon ses termes, mais surtout de prendre part au développement touristique du pays. L’industrie du tourisme lui a carrément emboîté le pas, en donnant un échos particulier à son blocus. Et ce sont les propres Européens qui lui offraient la destination Cuba sur un plateau en venant accentuer le blocus énergétique par un blocus touristique.

On pourrait se poser la question, de ces deux blocus, lequel est le plus pénalisant pour la population cubaine ? Ce qui est sûr c’est que la conjugaison des deux aura raison de la ténacité et de la résilience des Cubains.

Les décideurs, les émetteurs de tourisme, ceux qui communiquent sur “le tourisme authentique”, “la rencontre entre les peuples” ou “le tourisme durable” devraient savoir que leurs décisions prises pour des raisons davantage marketing que sécuritaire, sans aucune réflexion ni même vérification, ont des conséquences catastrophiques sur les populations visées. Derrière l’entreprise d’un réceptif, d’un hôtelier ou d’un transporteur, ce sont des milliers de personnes qui vivent directement ou indirectement des revenus du tourisme.

Pour toutes ces raisons, pour leur propre sécurité, leur survie et celle de tous ceux en relation avec l’activité touristique d’un pays, les réceptifs doivent renverser cette tendance. C’est aux réceptifs, aux professionnels du tourisme sur place, de dire si le pays peut ou non accueillir des visiteurs dans des conditions normales. Pour le moins, les professionnels du tourisme des pays émetteurs qui se respectent pourraient avoir la décence de dialoguer avec leurs prestataires sur place, au lieu de couper tout bonnement et simplement le flux de clients du jour au lendemain.

Les réceptifs, une fois de plus, pâtissent de leur isolement et peinent à se faire entendre. Créer une communauté de réceptifs permettraient d’organiser une entraide pour ceux dont la destination est visée par la rumeur et le manque de discernement des professionnels du tourisme. Avoir une plus grande notoriété en tant que groupement donne la possibilité de communiquer plus largement et de se faire entendre par un plus grand nombre. Les clients intelligents, capables de réflexion et de détachement par rapport aux fausses informations sont nombreux. Il nous faut les trouver afin de leur expliquer, depuis le pays concerné, la vérité sur une situation donnée. C’est au client final, adulte et responsable, de prendre sa propre décision en connaissance de cause. L’intermédiaire, méconnaissant la destination, ne peut se permettre de jouer de son influence pour induire les voyageurs en erreur.